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Le vieil arbre et le jardinier

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BLOC NOTE LITTÉRAIRE
par Chou Blanc

Fables et sentiments

Le vieil arbre et le jardinier

Un jardinier, dans son jardin,avait un vieux arbre stérile ;
c
‘ était un grand poirier qui jadis fut fertile :
mais il avait vieilli, tel est notre destin.
Le jardinier ingrat veut l’ abattre un matin ;
le voilà qui prend sa cognée.
Au premier coup l’ arbre lui dit :
respecte mon grand âge, et souviens-toi du fruit
que je t’ ai donné chaque année.
La mort va me saisir, je n’ ai plus qu’ un instant,
n’ assassine pas un mourant
qui fut ton bienfaiteur. Je te coupe avec peine,
répond le jardinier ; mais j’ ai besoin de bois.
Alors, gazouillant à la fois,
de rossignols une centaine
s’ écrie : épargne-le, nous n’ avons plus que lui :
lorsque ta femme vient s’ asseoir sous son ombrage,
nous la réjouissons par notre doux ramage ;
elle est seule souvent, nous charmons son ennui.
Le jardinier les chasse et rit de leur requête ;
il frappe un second coup. D’ abeilles un essaim
sort aussitôt du tronc, en lui disant : arrête,
écoute-nous, homme inhumain :
si tu nous laisses cet asile,
chaque jour nous te donnerons
un miel délicieux dont tu peux à la ville
porter et vendre les rayons :
cela te touche-t-il ? J’ en pleure de tendresse,
répond l’ avare jardinier :
eh ! Que ne dois-je pas à ce pauvre poirier
qui m’ a nourri dans sa jeunesse ?
Ma femme quelquefois vient ouïr ces oiseaux ;
c’en est assez pour moi : qu’ils chantent en repos.
Et vous, qui daignerez augmenter mon aisance,
je veux pour vous de fleurs semer tout ce canton.
Cela dit, il s’ en va, sûr de sa récompense,
et laisse vivre le vieux tronc.
Comptez sur la reconnaissance
quand l’ intérêt vous en répond.

 Fable de Jean-Pierre Claris de Florian

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CHOU BLANC

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C’est du même tabac…..

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FABLES: Le Pot de terre et le Pot de fer

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LE CHOURISTEEsope a écrit un texte très court, « Les Pots», que La Fontaine a eu tout loisir d’amplifier et de travailler selon son génie.
Il utilise ici l’heptasyllabe (mêlé à l’alexandrin dans la dernière partie de la fable), ce qui confère à celle-ci un caractère sautillant.
Collinet établit une comparaison entre le texte ci-dessous et le passage de l’Ecclésiastique, XIII, 2-3 « N’entrez point en société avec un plus riche que vous.
Quelle union peut-il y avoir entre un pot de terre et un pot de fer ?

Car lorsqu’ ils se heurteront l’un contre l’autre, celui de terre sera brisé. » Mais le thème du récit a été repris et amplifié par bien d’autres auteurs, certains ayant pourvu le pot de terre de plus de prudence – et donc d’une plus longue vie – que chez La Fontaine.

Le Pot de terre et le Pot de fer

Le Pot de fer proposa
Au Pot de terre un voyage.
Celui-ci s’en excusa,
Disant qu’il ferait que sage
De garder le coin du feu :
Car il lui fallait si peu,
Si peu, que la moindre chose
De son débris serait cause :
Il n’en reviendrait morceau.
« Pour vous, dit-il, dont la peau
Est plus dure que la mienne,
Je ne vois rien qui vous tienne.
– Nous vous mettrons à couvert,
Repartit le Pot de fer :
Si quelque matière dure
Vous menace, d’aventure,
Entre deux je passerai,
Et du coup vous sauverai. »
Cette offre le persuade.
Pot de fer son camarade
Se met droit à ses côtés.
Mes gens s’en vont à trois pieds,
Clopin-clopant, comme ils peuvent,
L’un contre l’autre jetés
Au moindre hoquet qu’ils trouvent.
Le Pot de terre en souffre ; il n’eut pas fait cent pas
Que par son compagnon il fut mis en éclats,
Sans qu’il eût lieu de se plaindre.
Ne nous associons qu’avecque nos égaux ;
Ou bien il nous faudra craindre
Le destin d’un de ces pots.

Ce que ferait un sage ; il ferait sagement. Locution archaïque.

De son débris: Action de se casser..

Il n’en reviendrait morceau: Pas le moindre morceau.

Qui vous tienne: qui vous retienne.

Entre deux: Entre vous deux.

A trois pieds: Comme les marmites qui avaient trois pieds.

CHOU FLEUR

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FABLE : La chatte métamorphosée en femme

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BLOC NOTE LITTÉRAIRE
par Chou Blanc

«  Paroles d’hommes »
FABLES DE LA FONTAINE

Voici une fable, dont le thème serait plus proche de celui de la farce ou du conte, par laquelle La Fontaine nous montre que
« 
Chassez le naturel, il revient au galop« . Bonne lecture !

Illustration de François Chauveau.

La première édition des fables, en 1668, était illustrée par François Chauveau, avec  une gravure par fable, toujours située au-dessus du titre.

LA CHATTE MÉTAMORPHOSÉE  EN FEMME

Un Homme chérissait éperdument sa Chatte,
Il la trouvait mignonne, et belle, et délicate,
Qui miaulait d’un ton fort doux :
Il était plus fou que les fous.
Cet Homme donc, par prières, par larmes,
Par sortilèges et par charmes, (1)
Fait tant qu’il obtient du Destin
Que sa Chatte en un beau matin
Devient femme, et le matin même,
Maître sot (2) en fait sa moitié.
Le voilà fou d’amour extrême,
De fou qu’il était d’amitié.
Jamais la Dame la plus belle
Ne charma tant son Favori
Que fait cette Épouse nouvelle
Son hypocondre (3) de Mari.
Il l’amadoue (4), elle le flatte ;
Il n’y trouve plus rien de Chatte,
Et poussant l’erreur jusqu’au bout,
La croit femme en tout et partout,
Lorsque quelques Souris qui rongeaient de la natte (5)
Troublèrent le plaisir des nouveaux mariés.
Aussitôt la Femme est sur pieds.
Elle manqua son aventure.
Souris de revenir, Femme d’être en posture (6).
Pour cette fois, elle accourut à point ;
Car ayant changé de figure,
Les Souris ne la craignaient point.
Ce lui fut toujours une amorce (7),
Tant le naturel a de force.
Il se moque de tout, certain âge accompli.
Le vase est imbibé, l’étoffe a pris son pli.
En vain de son train ordinaire
On le veut désaccoutumer.
Quelque chose qu’on puisse faire,
On ne saurait le réformer.
Coups de fourche ni d’étrivières (8)
Ne lui font changer de manières ;
Et, fussiez-vous embâtonnés (9),
Jamais vous n’en serez les maîtres.
Qu’on lui ferme la porte au nez,
Il reviendra par les fenêtres.

JEAN DE LA FONTAINE

   LES    NOTES  DE  LA  CHOUETTE  
puce blue1(1) Dans Ésope, Vénus est suppliée par la chatte amoureuse du jeune homme, d’être transformée et aimée du jeune homme.
C’est Vénus qui introduit une souris dans la chambre pour voir si le naturel est aussi transformé.
puce blue2
(2) maître en sottise

puce blue3
(3) fou, extravagant

puce blue4

(4) caresser, mais aussi au XVIIème « flatter, adoucir l’humeur  de » La Fontaine joue sur les deux sens.

puce blue5


(5) tissu de paille sur les murs ou le plancher

puce blue6
(6) en position de chatte aux aguets.

puce blue7
(7) un appât

puce blue8 (8) donner des étrivières à quelqu’un : le fouetter, le battre
avec des courroies de cuir

puce blue9
(9) armés d’un bâton

.   SOURCE :
LE SITE DES FABLES DE LA FONTAINE


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