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Du bleu pour les filles et du rose pour les garçons..? Oh purée..!

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AUX CHOUX

Le bleu dans l’histoire de l’art

A notre époque la peinture se trouve en pot ou en tube, et possède innombrables teintes.

Cependant il y a 600 ans les artistes devaient confectionner eux-mêmes leurs mélanges de couleurs à partir de pigments (poudres de couleurs) et d’un liant liquide.

La nature offrait les pigments par les végétaux (Guède ou pastel, l’indigotier, ) ou les minéraux (Lapis-lazuli, turquoise, azurite).
Découvrons ce que les hommes et surtout les artistes ont su en faire au fil des siècles….

Danseurs - Fresque du Moyen Age

En Europe, c’est au Moyen-Âge qu’apparaissent les premiers trousseaux spécifiques pour les bébés. Oh surprise ! Le bleu, couleur divine de la Vierge Marie, est associé aux filles tandis que le rose, qui n’est qu’un rouge pâle, est dévolu aux garçons.


logo lardon DLe bleu dans l’histoire de l’art

1. De l’Antiquité au 12e siècle, le système de base est tripolaire :

Le blanc s’oppose au noir et au rouge, qui est « la » couleur par
excellence.

Le lexique des bleus est, en latin, imprécis et instable.
Le bleu ne compte pas, voire plus, il est méprisé.

La couleur bleue est « silencieuse », c’est-à-dire non intégrée à un système de valeurs (et plutôt associée aux barbares, Celtes et Germains).

Sous la Rome antique personne ne s’habille de bleu.
Quand on commence à s’habiller de bleu au 3e ou 4e siècle, les romains traditionalistes sont révoltés.
Les couleurs fleuries comme le bleu, le violet ou le vert s’opposent alors aux couleurs dignes comme le blanc, le rouge, le noir ou le jaune.

En Égypte Les Égyptiens produisent un pigment artificiel à partir de silicate de cuivre calcique.

Pour les peuples du Proche et du Moyen Orient le bleu est une couleur bénéfique qui éloigne les forces du mal.

Il est associé aux rituels funéraires pour protéger les défunts dans l’au-delà.
Il pouvait aussi être un symbole de sexualité entre les êtres humains.

Le bleu clair est le symbole de l’air et du ciel.
C’est également la couleur du dieu Amon qui était, entre autres, un dieu de l’atmosphère.
Le dieu Min peut également être représenté en bleu dans son aspect de Min-Amon.

Le bleu sombre du lapis-lazuli est le symbole de la voûte céleste la nuit, et des abysses.
Le bleu turquoise est le symbole de l’univers aquatique du Nil, d’où jaillit toute vie.

Vierge à l’Enfant, Fra Angelico vers 1450Le « bleu égyptien » est le premier pigment créé par l’homme. Apparu il y a cinq millénaires en Égypte et en Mésopotamie, il a longtemps fait l’objet d’un monopole et d’un commerce prospère dans le bassin méditerranéen.

2. Le bleu change de statut au 11e siècle.

L’émergence du bleu se fait à partir de l’an 1000 et plus particulièrement au 12e siècle.

Les théologiens s’interrogeant sur la lumière, différencient la lumière divine et la lumière terrestre.
La 1ère est bleue, la 2eme blanche.
Le manteau de la Vierge devient bleu.
D’abord religieux et marial, il éclate dans les vitraux gothiques, les émaux et miniatures. Le bleu devient essentiel.
Le ciel devient bleu.

Puis il entre en politique : les armoiries familiales des Capet (fleurs de lys sur fond d’azur) deviennent l’emblème du roi de France vers 1130.

Mariage de Charles IV, en 1322Le rouge reste impérial et papal, mais le bleu devient royal :
C’est la couleur du légendaire roi Arthur. Son engouement peut même se mesurer :

Vers 1200, l’azur n’est présent que dans
5 % des armoiries ;
vers 1400, la proportion est de 30%.

Les teinturiers en bleu progressent dans la gamme des bleus et détrônent ceux du rouge.
A la fin du moyen-âge le bleu est le contraire du rouge.

Ainsi les attributs divins deviennent bleus, puis l’aristocratie s’en empare suivie de la bourgeoisie.
A la fin du moyen-âge on moralise les couleurs et la réforme protestante généralise l’idée d’une couleur morale.

Du bleu pour les filles et du rose pour les garçons !

En Europe, c’est au Moyen-Âge qu’apparaissent les premiers trousseaux spécifiques pour les bébés.
Oh surprise ! Le bleu, couleur divine de la Vierge Marie, est associé aux filles tandis que le rose, qui n’est qu’un rouge pâle, est dévolu aux garçons.

Si la rose, la fleur signifiant l’amour, est une valeur attribuée aux femmes, le rose, lui, est perçu comme viril. Il n’y a qu’à voir la couleur rose des bas de chausse des chevaliers médiévaux.

Danseurs - Fresque du Moyen Age

Danseurs – Fresque du Moyen Age

logo lardon3. Entre les 15e et 17e siècles, le bleu devient une couleur « morale ».
Les lois somptuaires prolifèrent, qui régissent entre autres le vêtement, « premier support de signes dans une société alors en pleine transformation ».
Il y a des couleurs interdites, et des couleurs prescrites, notamment pour marquer ou stigmatiser.
Le bleu est épargné, considéré comme « bonne couleur » avec le noir, le gris et le blanc.
La Réforme protestante, qui est iconoclaste mais aussi « chromoclaste », distinguant les couleurs honnêtes et « déshonnêtes ».

A partir de 1666, les expériences de Newton montrent le prisme chromatique.
Le noir et le blanc quittent l’univers des couleurs.
Durant la renaissance et pour la peinture à l’huile, Les artistes cherchent à imiter les couleurs de la nature avec un rendu plus fidèle même si la symbolique de celles-ci est toujours d’actualité.
Les deux systèmes cohabitent.

4. Du 18e au 20e siècle, le bleu triomphe. Le chimique et le technique précède le symbolique.

L’invention, vers 1720, de la gravure en couleurs prépare la réorganisation du système autour de la triade rouge/ bleu/ jaune, futures couleurs primaires.

Avec la "pasta" (d'où son nom pastel) longuement fermentée on faisait des boules bien modelées et pressées, aussi parfaites que possibles, «les coques ou cocagnes ». Chaque coque nécessitait un kilogramme de feuilles. Elle mesurait 10 à 15 centimètres de diamètre et pesait environ 150 grammes.

La guède -pastel

On importe du « nouveau monde » de nouvelles couleurs.
Les bleus se diversifient, par des bleus plus foncés ou plus grisés, mate.
Le bleu devient au 18e une couleur particulièrement à la mode.

Côté matériel, la guerre des deux bleus tinctoriaux (pastel européen contre indigo exotique) se lit dans les règlementations étatiques et les luttes coloniales.

Le pastel (du latin pasta, pâte) est une espèce de crucifère comme les choux, les radis, la moutarde ou la monnaie du pape.
Utilisée comme plante médicinale et tinctoriale par les Grecs et les Romains de l’Antiquité, elle fut largement cultivée au cours du Moyen Âge et de la Renaissance, en Europe, pour la production d’une teinture bleue, extraite des feuilles, avant qu’elle ne soit détrônée par l’indigotier, puis par les colorants de synthèse.

Le bleu de Prusse serait un cas de sérendipité : né d’un pharmacien à Berlin Vers 1720, celui-ci voulant fabriquer du rouge obtint du bleu.

Goethe (Traité des couleurs, 1810), réaffirme contre Newton la forte dimension anthropologique de la couleur : « Une couleur que personne ne regarde n’existe pas ».

Les Souffrances du jeune Werther est un roman épistolaire de Goethe. Paru en 1774 le livre, qui est à l’origine du Romantisme, provoqua une vague de suicides et une mode : costume jaune et bleu, comme la tenue de bal de Werther, et robe rose et blanche, comme celle de Charlotte.Dans le mouvement romantique le bleu prend sa place avec l’habit bleu de Werther (1774), livre à succès, celui de la « petite fleur bleue » de Novalis, couleur de la mélancolie et du rêve qui aboutira vers 1870 au « blues » anglo-américain.

Chez les impressionnistes l’usage des couleurs primaires (rouge, bleu et jaune), et de leurs complémentaires (orange, violet et vert) est premier. Il n’y a plus de mélanges. Même les ombres sont représentées par des couleurs vives et juxtaposées.

Produisant l’effet d’ombre. Le spectateur fait lui–même la synthèse optique des couleurs.

5. Le bleu politique et militaire s’affirme d’abord en France : entre 1789 et 1794, il passe des armoiries à la cocarde, de la cocarde au drapeau et aux uniformes.
Le tricolore est d’abord celui du drapeau américain, qui procède lui-même du tricolore anglais fixé en 1603.
Puis le bleu politique se mondialise en couleur de la paix et de l’entente (ONU, Europe).

Sources  :
e-cours-arts-plastiques.com

 

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L’histoire de la couleur bleue dans les sociétés européennes est celle d’un complet renversement : pour les Grecs et les Romains, cette couleur compte peu ; elle est même désagréable à l’œil.

Or aujourd’hui, partout en Europe, le bleu est de très loin la couleur préférée (devant le vert et le rouge).

L’ouvrage de Michel Pastoureau raconte l’histoire de ce renversement, en insistant sur les pratiques sociales de la couleur (étoffes et vêtements, vie quotidienne, symboles) et sur sa place dans la création littéraire et artistique, depuis les sociétés antiques et médiévales jusqu’à l’époque moderne


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